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Entretien avec Charlotte Cadé, fondatrice de Selency

Publié le : 12 février, 2021

Ecrit par :
Team HAST

Pensez à tous ces sites qui, depuis quelques années, essaiment sur la toile en proposant au tout venant des vêtements de seconde-main soigneusement sélectionnés aux quatre coins du monde. Pensez maintenant à la même chose, mais pour ce qui tient du mobilier. Dans le domaine, il existe en France un leader incontesté, reconnu pour la qualité de son affaire : Selency. Derrière ce joli succès lancé en 2014 se trouvent Charlotte Cadé et Maxime Brousse. Deux parisiens trentenaires originaires de Bordeaux qui ont pour les choses vintage la même passion délicate qu’un vieux jeaneur des Puces. La première en a même tiré un livre intitulé "Y'a pas d’âge pour le vintage". De toute évidence, il fallait lui parler. 

Quel est, d’après-vous, le mobilier idéal pour ranger comme il faut ses vêtements ?

Ce qui fonctionne toujours ce sont les armoires de petits formats, à l’opposé des armoires normandes massives qui ne rentrent pas dans tous les espaces. On les appelle les armoires parisiennes. Elles ont une partie dressing et une partie étagère. Je pense aussi évidemment aux bonnes vieilles commodes qui ont trois tiroirs. C’est un must pour ranger tout ce qui n’a pas besoin d’être suspendu, et cela représente généralement pas mal de choses. Chez Selency, nous vendons des pièces anciennes, et leurs formats sont rentrés dans les standards. Il n’y a jamais rien de trop surprenant. Pour dégoter quelque chose de, disons loufoque, il faut aller chiner du contemporain. 

Pensez-vous qu’il existe un parallèle entre le fait d’acheter du mobilier de seconde main et du vêtement vintage ?

C’est totalement la même démarche. Qu’il s’agisse de vêtement ou de mobilier, on cherche d’abord du vintage pour une raison de style. Mais c’est aussi une affaire de qualité, de robustesse. Les fabrications à l’ancienne sont toujours plus artisanales, basées sur un véritable savoir-faire, avec des matériaux, des tissus plus résistants, et des finitions plus soignées. Il y a moins d’aléas liés au machines et à ce que l’ère industrielle a pu apporter par la suite. Et puis il y a évidemment une dimension éthique dans cette histoire. Aujourd’hui, les gens aiment acheter des choses de manière plus responsable, plus engagées, et la seconde main fait clairement partie de ce créneau. Comme avec les vêtements, les vendeurs de vieux mobilier font un gros travail de sourcing, comme on dit. Il vont dans des entrepôts gérés par de gros brocanteurs. Ils récupèrent aussi des pièces dans des maisons de particuliers, notamment lorsqu’il y a un décès dans une famille et qu’il s’agit de se débarrasser de choses qui appartiennent désormais au passé. Et puis il y aussi tout ce qui tient du déballage au sens large, dans les foires et les brocantes, comme il y en a partout. Pour certifier l’authenticité vintage des pièces vendues sur Selency, nous travaillons avec des experts qui scrutent chaque détail en s’appuyant sur des documents photographiques, principalement. Cela n’a pas de valeur juridique à proprement parlé, mais cela nous permet, au moins, d’évincer du site des pièces douteuses. Aujourd’hui, 50 % du mobilier de designer que l’on nous propose ne passe pas cette expertise.

Si l’on s’en tient au look, au style de leurs vêtements, existe-t-il différents types de vendeurs de mobilier ?

Evidemment, comme pour tout stéréotype, il y a des antiquaires qui ont des airs de châtelains. Mais il ne faut pas se cantonner à cette image. Depuis quelques années, une nouvelle génération s’est imposée dans cette discipline avec des codes vestimentaires d’aujourd’hui. Ce sont des gens comme on en croise tous les jours, avec une dégaine terriblement moderne, dont on ne pourrait pas forcément se douter qu’ils vendent des vieux meubles qui, parfois, coûtent très cher. Il y aussi des gens qui n’ont pas forcément de look qui en jette, qui s’en fichent même, mais qui peuvent être spécialisés dans la vente de pièces tout-à-fait particulières, dans des genres très nichés. C’est bête à dire, mais il faut vraiment garder en tête que l’habit ne fait pas le moine dans notre milieu. 

De manière plus personnelle, a-t-on encore le temps de s’intéresser au vêtement quand on passe, justement, autant de temps à gérer du mobilier ?

Ma sensibilité pour le meuble et la décoration tient d’un intérêt, d’une quête pour ce qui est esthétique de manière plus large et où la fringue occupe une place importante. J’ai toujours été soignée sans être trop sophistiquée non plus : je ne suis pas pointue comme ceux qui travaillent dans la mode, par exemple. Chez moi, juste, le beau doit être au service de l’usage. Je ne suis pas du genre à me mettre en talons pour faire des taches ménagères. Je crois que cette attitude vient de ma mère. Elle a toujours été sensible aux jolies choses, elle a toujours soigné son intérieur et son allure. Elle m’a transmis cette attention. Maxime, mon partenaire est moins pointilleux. Il passe moins de temps que moi à chercher, à se renseigner, à comparer. S’il achète, c’est parce qu’il a un besoin fonctionnel, et il fera juste attention à ce que cela corresponde plus ou moins à son style. 

Le développement de Selency vous a menés, vous et Maxime, à embrasser des fonctions de représentation. Vous êtes des chefs d’entreprise, et il vous faut parfois assister à des rendez-vous formels. Comment adaptez-vous votre silhouette, dans ces cas-là ? 

Nous restons fidèles à ce que nous sommes. On ne se déguise pas à cause d’une occasion, on garde une sorte de fil rouge en lien avec notre quotidien. Juste, on fera peut-être un peu plus attention. On ne mettra pas de baskets, par exemple, et on ne sera pas en jean. Mais ce sera nous. Cela a toujours été le cas, d’ailleurs. On n’a jamais trop changé depuis le premier rendez-vous où il a fallu serrer des mains et lever des fonds.